Comme pour les éditions précédentes, la programmation visuelle de la Nuit Bleue 2005 cherche avant tout à produire un décor en résonance avec le passé de la Saline pour accompagner le spectateur dans l'expérience musicale proposée par Elektrophonie.
La Saline Royale d'Arc et Senans, conçue par l'architecte utopiste Claude-Nicolas Ledoux au 18e siècle, est un ancien site industriel où l'on a exploité le sel jusqu'au début du siècle dernier. Au sein de cette « Cité Idéale » régnait une activité intense dominée par le bruit et les vapeurs salines. Aujourd'hui, les bâtiments, seuls vestiges de son passé industriel, deviennent des espaces où peuvent et doivent se vivre de nouvelles utopies.
Les interventions des artistes plasticiens et vidéastes occupent ainsi tout l'espace. Si les créations plastiques sont inspirées par le lieu et par la musique qui y sera jouée, elles ne sont ni produites par lui (le lieu) ni induites par elle (la musique). Ces créations autonomes prendront forme(s) en toute liberté les unes à côté des autres, liées entre elles par un ultime décor : le CHANTIER lui-même.
« Arrivée, mystère, cirque, barbares distingués, occupation, invasion, transition, transformation, éclectique, hétéroclite, spectaculaire / spéculaire, présence (forte), support, résonance, écho, performance, déballage, bazar, stationner, attendre, prendre forme » : autant de mots qui guident les artistes participant à la création de ce CHANTIER. Ces derniers proposent des variations autour et à partir de ces champs sémantiques en manipulant vidéo, installations et lumières ; variations qui invitent le spectateur à entendre aussi avec les yeux.
Chaque artiste développe un langage propre avec les matériaux nécessaires à son projet en respectant la logique du CHANTIER : caractère brut des éléments composant les œuvres ; déballage et montage in situ ; caractère éphémère de l'intervention ; prise en compte de l'aspect évolutif de l'œuvre (le chantier est un état dont le caractère essentiel est justement de ne pas rester en état) ; variations diurne / nocturne. Toutes les œuvres sont composées d'éléments collectés jour après jour et montées à la main.
Laurent Staniszewski réalise une vidéo de neuf heures qu'il projettera pendant la nuit acousmatique de la Nuit Bleue à l'intérieur de la salle des Sels Est. Cette projection sera le seul et unique éclairage de l'espace et ses variations d'intensité provoqueront une houle lumineuse berçant le spectateur aux rythmes des sons et de ses rêves.
Thierry Boucton réalise une installation plastique qu'il exposera à la Saline, en plein air, sur toute la durée de la Nuit Bleue. Le jour : des tentes apparemment ordinaires, que l'on voudra rejoindre (ou pas), présage d'une nuit particulière que l'on ne connaît pas encore. La nuit : des toiles, ou tout aussi bien fanaux de fortune itinérants, aux amarres légères, poches de lumière pour un cheminement balistique vers un intérieur sonore.
Tone réalise un jardin dans l'enceinte de la Saline en installant sur une trame géométrique plusieurs centaines de ballons sphériques gonflés à l'hélium. Cette plantation de ballons, comme une forêt extraordinaire, évoque le jardin aérien traversé lors du voyage en utopie sonore.
Le collectif Nuz conçoit pour le bar de la Nuit Bleue des habits de son et de lumière, qui réagissent en temps réel à l'ambiance musicale des concerts et aux circulations du public au sein de cet espace.